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Rapport-récit de voyage du Président PDF Imprimir e-mail
Escrito por Pascal   
06-Dec-2009
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Mission présidentielle à Baucau, 3-9 août 2009 

Lever de soleil sur les territoires aborigènes de l’île de Melville au Nord de Darwin. On nous sert, dans l’avion de la Airnorth, quelques biscuits et on nous apporte des tasses vides pour le café. Turbulences. Trop tard pour le café : on nous reprend nos tasses.

Lever de soleil sur le Jésus de Dili : on arrive au Timor Oriental. Sur les quelque 80 passagers, trois timorais, deux helvètes et du staff onusien.  

Trafic à l’entrée de Dili, embouteillages – dus aux feux rouges mal réglés et aux arrêts incessants des Microlet en quête de passagers. Dili est propre. Très propre. Les balayeurs sont pleins de balais. Vitrine ! Plus à l’est, que nenni ! Le drapeau portugais sur l’ambassade portugaise –muni du drapeau européen– flotte toujours plus haut que le drapeau timorais devant le Parlement voisin, tout beau tout repeint. Le Timor n’a pas la drapeaumania, mais depuis Baucau jusqu’à Tutuala à l’extrême Est on voit partout des drapeaux du Fretilin, et guère plus d’un ou deux drapeaux timorais, délavés, élimés.  

La route pour Baucau n’a pas été réparée depuis le départ des Indonésiens. Les nids de poules abondent et s’élargissent de jour en jour. On écrase une poule. Peu de trafic. Quelques 4x4 tout neufs et tout arrogants (UN, UN police –rouge-blanc-bleu–, opulentes ONG). On a l’air minable avec notre vieille Nissan Sunny de location, et pourtant quel luxe ! 

Arrivée à Baucau par la route qui passe par la « Vieille Ville » et remonte vers la « Nouvelle Ville », on s’arrête devant l’ancienne bibliothèque : elle est occupée par des Témoins de Jéovah. Dommage collatéral de notre œuvre ? On demande notre chemin. On nous indique vaguement le lieu. On tourne en rond. Au loin, un superbe bâtiment blanc : trop beau et grand pour être la biblio. On redemande et on nous envoie vers l’ancien bâtiment. Agacement du à la fatigue : levés à 4 heures du matin à Darwin, concentration sur la route décrépite et sur les falaises. On s’élance sur un chemin caillouteux, on érafle le pot d’échappement sur les rocs…

...la porte du superbe bâtiment blanc s’ouvre 

…et Cancio nous saute au cou ! 

Tout est bien, tout est luxe, calme et culture… Nous passerons deux jours à Baucau à deviser avec notre ami Cancio et reviendrons passer une journée après une escapade à Com et Tutuala, afin de signer le nouveau contrat de coopération.  Voici le récit de ce que nous avons vu et entendu. Les commentaires et appréciations n’engagent pas l’Association mais uniquement leur auteur. 

Le bâtiment est grand, et frais grâce à la hauteur du toit.  La bibliothèque est fréquentée par quelques 90 habitués parmi les élèves d’école primaire. Régulièrement ils passent un test que Cancio leur concocte pour vérifier leur niveau scolaire. Le lendemain ils seront 27 à 9 heures du matin pour ce faire !  On compte 160 adultes qui viennent plus ou moins régulièrement.  Plus de prêt pour les petits (trop de livres égarés) mais on leur fait volontiers des photocopies des pages qui les intéressent : ils ont un photocopieuse et une imprimante A3. (On nous a supprimé la nôtre au Collège pour une vulgaire et chère A4 laser…) Ils sont en discussions avec une ONG brésilienne (Formaçao Vida) pour avoir des profs deux-trois fois par semaine pour du soutien scolaire au niveau SMA (Collège). Cancio est prof primaire + CO. Le nouveau système scolaire, gratuit, compte 9 années primaires (primaire + CO chez nous) et trois SMA (Collège). 

En face de la nouvelle salle des ordinateurs, Worldvision les aide à construire une salle de musique. Ils espèrent qu’ils pourront avoir des profs (brésiliens ?) pour les cours. A ce jour ils ont un clavier (ils en attendent d’autres) et Rosita prend déjà des cours avec un jeune prof timorais.  Worldvision doit également les aider pour la récolte de récits racontés par les anciens : notre idée fait son chemin. Ils ont déjà deux récits en stock ! Je leur ai apporté quelques livres publiés en Australie sur le même principe par un Centre aborigène près de Derby : textes recueillis par la Kimberley Language Ressource Centre, Halls Creek, WA, avec traduction anglaise et quelques illustrations. US Aid a payé un cours de secrétariat/administration à Dili pour Cancio. Il semble en avoir retiré le plus grand profit.  L’Asia Foundation leur a fourni par deux fois des livres et ils espèrent continuer la collaboration. 

Les cours d’informatique (3$ par cours de 15 séances, 4$ pour ceux qui ont un salaire) sont donnés par Cancio et Rosita. Elle arrondit ainsi son salaire (1$ par séance), et ceci pendant ses heures de travail : il ne s’agit point de travailler plus pour gagner plus ! 1$ va également pour payer l’électricité. Le bénéfice est pour Assa’e.  Il y a une dizaine d’élèves par cours. Il y en a actuellement qui chartérisent un Microlet depuis Waca pour assister au cours ! Il n’y a pas Internet à la bibliothèque : à Baucau c’est cher et lent, donc encore plus cher. A Dili une heure coûte 4$ (à Yogya on paie 25 cents pour le haut débit…). Quand Cancio nous envoie des courriels, il téléphone le texte à son fils Bhuttu à Dili et Bhuttu écrit le mail. Pour les documents annexes il lui fait parvenir une disquette.  

Quand j’ai proposé de ne payer plus qu’un salaire pour les deux prochaines années, Cancio a eu un grand sourire : il était très fier de nous dire que Assa’e (Assossiaçao Lorosa’e) pouvait assumer les frais d’une employée. Il comprend parfaitement le principe des piliers : il faut être soutenu par plusieurs sources de revenu pour tenir debout si l’une s’effondre. Il a proposé d’augmenter Agustina à 5$ vu son ancienneté et l’augmentation du coût de la vie. Il n’est pas nécessaire d’augmenter Rosita vu ses revenus complémentaires. Celle-ci doit se rendre cette année ou l’année prochaine à Semarang, au nord de Java. (Il y a de nombreux timorais dans cette ville et l’ouverture d’un consulat timorais est à l’étude) pour un stage dans une bibliothèque. L’obtention d’un passeport est très compliquée : ce n’est plus l’Eglise qui fournit les certificats de naissance et de nombreux documents officiels ont brûlé. Cancio mise sur Rosita pour l’avenir : elle sait prendre des initiatives, a suivi des cours à Dili, a une forte personnalité. Elle a 23 ans. Agustina a 32 ans et accouche ces jours de son 5e ou 6e enfant… Il craint qu’elle laisse tomber lors d’une prochaine grossesse… Dans ce cas Rosita prendrait la tête et une nouvelle bibliothécaire (issue d’un cours d’informatique) est déjà en formation.  

L’ABITL (Réseau des bibliothèques timoraises) se réunit environ 3 fois par an. Cancio en est le trésorier, chaque bibliothèque payant une cotisation de 2$. La « notre » est la meilleure des bibliothèques publiques…  Elle est la seule fournie en livres indonésiens, ce qui explique la venue d’étudiants de Dili. Seules les bibliothèques Xanana et universitaire de Dili sont plus grandes. ABITL est en contact avec le Ministère de l’Education. Une Bibliothèque  Nationale est prévue pour 2010 : il y aura la possibilité de mettre les fichiers en réseau (une bonne partie du fichier de Baucau est déjà informatisé) et la bibliothèque de Baucau pourra rendre encore plus de services. Elle gardera aussi son autonomie.  

La langue portugaise est enseignée et utilisée de la 1e primaire jusqu’à la 1e du Collège. Chaque année un degré de plus y accède. Le tétum (langue nationale) et l’anglais (langue étrangère) sont également enseignés. L’indonésien est encore parlé par tout le monde, enfants y compris : on regarde les nouvelles en tétum puis on passe aux programmes indonésien : films, divertissements, politique… Cependant l’Université va rester encore longtemps indonésienne au niveau de la langue : les professeurs qui pourront enseigner en portugais sont encore sur les bancs de l’école primaire… Personne ne parle portugais en dehors de la classe. Même les profs (et les membres du gouvernement lors de leurs séances, m’a-t-on affirmé). La lingua franca  est le tétum, et l’indonésien dans le Punta Leste (Est du pays, Los Palos etc.)Il faut « savoir » le portugais pour être fonctionnaire, ce qui exclu beaucoup de compétences.  Au mieux le portugais deviendra la langue du savoir comme le latin au Moyen-Age –et à l’Université de Fribourg il n’y a encore pas si longtemps–, au pire ce choix aura été un gros échec historique.  

Comptes : grâce à des économies lors de la construction du bâtiment, Assa’e peut payer les employés jusqu’en septembre. Le nouveau contrat de coopération étant signé –reste aux membres des deux comités d’apposer leurs paraphes–, j’ai pu en deux jours vider l’ATM de l’ANZ de Baucau et payer le salaire d’Agustina jusqu’à fin 2010. (Car il y a un distributeur de dollars à Baucau, seul progrès depuis mon dernier passage, avec peut-être l’électricité quand elle fonctionne). 

J’écrivais au début de ce rapport mon agacement malvenu suite à l’absence d’écriteau annonçant la bibliothèque : voici l’explication : Il y a deux ans, peu après le départ de Pascal, le pays s’est embrasé, comme cela lui arrive encore de temps à autre. Lors des émeutes, de « jeunes excités » (facilement embrigadés avec quelques $ ou quelque alcool) ont par deux fois essayé de mettre feu à la bibliothèque. Les locaux de Caritas Australia, voisins, y ont passé.  Au premier assaut Cancio, qui connaissait un des émeutiers, est parvenu à les raisonner. Au second assaut, il a fièrement défendu la bibliothèque, debout sur les marches, le parang (machette) à la main. Il a eu peur. Il a expliqué et ré expliqué que ce n’était pas un bâtiment officiel ni une ONG étrangère mais une bibliothèque « privée » ouverte à tous. Pour le prouver, pendant quelques semaines, lui et sa famille, ainsi que Agustina et sa famille ont dormi dans la bibliothèque… L’écriteau n’est là que pendant les périodes calmes. Il est de retour.  Nous avons déjà parlé du « social cumburru », la jalousie sociale : chez nous, si mon voisin achète une Audi, je vais m’endetter pour m’acheter une Mercedes. Là-bas, si mon voisin achète une moto, je vais mettre le feu à sa moto.  

Ceci n’a rien à voir : 

Il y a 6 médecins cubains à Baucau. Ils sont payés 200$ par mois et sont appréciés.  Les anciens combattants devaient recevoir une pension : on en attendait 300, plusieurs milliers se sont présentés… Le gouvernement a alors décidé d’octroyer une retraie de 20$ par mois aux plus de 60 ans, l’âge de votre président. Cette mesure a bien calmé les esprits.  Nous avons rencontré des anciens maquisards. Ils n’avaient guères de bons souvenirs de la guérilla. L’un d’eux regrettait la présence indonésienne. Si l’armée indonésienne a eu des comportements dignes du III Reich, le Fretilin en a eu dignes des Khmères rouges… les langues commencent à se délier.  Un beau sujet de thèse : « Timor Oriental : chute de la dictature chez la puissance coloniale, Portugal puis Indonésie : deux décolonisations hâtives »   

 

Ce rapport-récit de voyage n'engage que son auteur.

 

Légende des photographies: 

 

 

Document 1: 

  1. Lever de soleil sur la baie de Dili. On devine le grand Jésus sur la presqu'île.
  2. La bibliothèque.
  3. Il y a du monde...
  4. Lecture.
  5. Les livres sur le Timor, à l'entrée. Parmi eux les livres commandés à ETAN grâce à la commune de Meyrin.
  6. Rencontre au sommet: Cancio Pires et Thierry Bourquin.
  7. Rosita et Cancio.
  8. Construction de la salle de musique.
  9. L'écriteau est de retour, au début du chemin...les temps sont au beau fixe!
  10. Les livres commandés à l'Université Aberta, grâce à la commune de Meyrin, en attente de classement.
  11. Le fichier commence à être informatisé.
  12. En attendant l'ouverture.
  13. Les filles sont à l'heure, les garçons vont arriver, elles s'en moquent...
  14. Salle d'informatique.
  15. Cours de musique, en attendant la nouvelle salle.
  16. Les résultats du test.
 

Document 2:

 

        
  1. Le marché de Dili, tout beau tout propre, belle poubelle aux couleurs genevoises (c'est un hasard). Fruits et légumes sont en petits tas à 1$. En face il y a le grand supermarché pour riches et expatriés.
  2. Le marché de Baucau, vivant, sur la rue. Fruits et légumes sont en petits tas à 10, 25 centavos... Le beau et vieux marché portugais est toujours à l'abandon.
  3. Un carrefour à Baucau: le drapeau du Freitilin.
  4. Un graffiti sur le vieux marché: « Achetez local, construisez le Timor Oriental », www.buildingmarkets.org . Question: quels sont les produits timorais, à l'exception des fruits et des légumes?
  5. Vue de Baucau depuis notre hôtel, (dans lequel nous avions rencontré Juerg du temps de l'occupation) dont les chambres ne sont plus multi-étoiles...
  6. Sur le chemin des combats de coqs, en-dessous de l'évêché. Il s'y échange des sommes faramineuses tous les jours.
  7. Le scandale de l'eau continue: une pompe a finalement été installée pour la Nouvelle Ville, mais les premiers servis laissent leurs robinets ouverts pour faire des réserves qui débordent. La bibliothèque n'en reçoit qu'exceptionnellement. Rappelons que Baucau est construite sur une généreuse source et que la piscine est bien entretenue et très peu fréquentée. Le transport de l'eau par camion avait été voulu par les Indonésiens pour contrôler la population.
  8. A Com: "Avis: Ce lieu est destiné à: Plongée, Tourisme, Pique-nique, Études scientifiques." En fait, rien ne se passe. Les pêcheries qui devaient apporter un revenu grâce à l'aide d'une ONG sont un échec: les habitants de Com avaient été déplacées de leurs montagnes sur la côte et n'ont pas l'âme de pêcheurs, la plus petite vague les retient à quai... Le gouvernement pousse (avec force publicité dans le Timor Post) à la création de petits hôtels sympathiques. Ils le sont. Il semble que nous étions les premiers clients depuis un mois. Il y a cinq petits hôtels (2-5 chambres ) et le grand hôtel cher qui appartient à un Australien, vide. Le maître plongeur timorais-austalien est parti depuis deux ans, à ma grande déception.
  9. Un des nombreux et beaux troupeaux que nous avons croisés dans le Punta Leste: on a l'impression d'opulence. En fait, cette richesse n'entre pas dans le circuit commercial, elle est réservée aux mariages, aux enterrements... On nous a raconté l'histoire d'un propriétaire de 100 buffles et qui a tué son chien fidèle car il avait faim.
  10. Maisons traditionnelles près de Los Palos: très peu ont été reconstruites. Les anciennes avaient été brûlées par l'armée indonésienne (et la guérilla itou).
   

Actualizado em ( 06-Dec-2009 )
 
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Escrito por Pascal   
02-Sep-2007
As partes posteriores notícias actualizadas mais o o mais regularmente possível possível!
No início de l'année, de dois membros da nossa associação puderam encontrar o ministro timoraise da Justiça, de passagem em Genebra. O encontro teve lugar à Missão timoraise junto das Nações Unidas, em companhia do Sr. Dick, o seu representante. Puderam propôr ao Ministro que as publicações do seu departamento estejam disponíveis na biblioteca. Thierry e Stéphanie também pediram ao Ministro que falasse de nós ao seu homólogo o Ministro de l'éducation, responsável do sector da biblioteca.

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Actualizado em ( 08-Apr-2008 )
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